|
Prononcé le 16 juin 1946 à Bayeux,
ville où de Gaulle était entré en libérateur deux ans auparavant,
ce discours dévoile les idées constitutionnelles de De Gaulle, alors
en opposition avec les projets de Constitution défendus par l'Assemblée
constituante :
" Tous les principes et toutes les expériences
exigent que les pouvoirs publics, législatif, exécutif,
judiciaire
soient nettement séparés et fortement équilibrés.
(…)
Le vote définitif des lois et des budgets revient à une
assemblée élue au suffrage universel et direct. Mais il
faut attribuer à une deuxième assemblée élue et composée d'une autre
manière la fonction d'examiner publiquement ce que la première a
pris en considération. (…)
Du Parlement, composé de deux Chambres et exerçant le pouvoir
législatif, il va de soi que le pouvoir exécutif ne saurait procéder
sous peine d'aboutir à une confusion des pouvoirs. (…)
En vérité, l'unité, la cohésion, la discipline intérieure du gouvernement
de la France doivent être des choses sacrées, sous peine de voir
rapidement la direction même du pays impuissante et disqualifiée.
Or comment cette unité, cette cohésion, cette discipline seraient-elles
maintenues à la longue si le pouvoir exécutif émanait de l'autre
pouvoir auquel il doit faire équilibre, et si chacun des membres
du gouvernement (…) n'était, à son poste, que le mandataire d'un
parti ?
C'est donc du chef de l'Etat, placé au-dessus des partis,
élu par un collège qui englobe le Parlement, mais beaucoup plus
large (…), que doit procéder le pouvoir exécutif.
Au chef de l'Etat revient la charge d'accorder l'intérêt général,
quant au choix des hommes, avec l'orientation qui se dégage du Parlement
; à lui la mission de nommer les ministres, et d'abord bien entendu,
le Premier, qui devra diriger la politique et le travail du gouvernement
; au chef de l'Etat la fonction de promulguer les lois et de prendre
les décrets (…) ; à lui la tâche de présider les conseils
du gouvernement et d'y exercer cette influence de la continuité
dont une nation ne se passe pas, à lui l'attribution de servir d'arbitre
au-dessus des contingences politiques, soit normalement par le Conseil,
soit, dans les moments de grave confusion, en invitant le pays à
faire connaître, par des élections, sa décision souveraine ; à lui,
s'il devait arriver que la patrie fût en péril, le devoir d'être
le garant de l'indépendance nationale et des traités conclus par
la France. "
L'élection du président de la République au suffrage
universel direct. Discours à la télévision, 20 septembre 1962 :
" Un des caractères essentiels de la Constitution
de la Vème République, c'est qu'elle donne une tête à l'Etat (…).
Cependant, pour que le président de la République puisse exercer
effectivement une charge pareille, il lui faut la confiance explicite
de la nation. (…)
En vue de maintenir et d'affermir dans l'avenir nos institutions
vis-à-vis des entreprises factieuses (…) ou bien des manœuvres de
ceux qui voudraient nous ramener au funeste système d'antan, je
crois donc devoir faire au pays cette proposition : quand sera achevé
mon propre septennat ou si la mort ou la maladie l'interrompaient
avant le terme, le président de la République sera dorénavant élu
au suffrage universel [direct]. "
|