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23 avril 1961
Le samedi 22 avril, aux premières heures du jour, un coup de
force a eu lieu à Alger. Les généraux Challe, Salan
(qui avait quitté la France pour l'Espagne le 11 octobre 1960),
Zeller et Jouhaud se sont installés en "haut commandement".
Avec l'appui du 1er régiment étranger de parachutistes,
ils ont arrêté le Délégué général
du Gouvernement, M. Jean Morin, le général Gambiez, commandant
en chef en Algérie depuis le 1er février, et le ministre
des Travaux publics, M. Robert Buron, qui se trouvait en voyage en Algérie.
Ces quatre Généraux, en accord avec les colonels Godart,
Argoud et Lacheroy, veulent tenter de mettre fin à la politique
d'autodétermination définie par le général
de Gaulle et que le peuple français vient d'approuver massivement
le 8 janvier. Le 22 avril, le Conseil des ministres institue l'état
d'urgence et décide de déférer à la Justice
militaire les chefs de la mutinerie. Le dimanche 23 avril, après
avoir conseillé le Premier ministre, les présidents des
Assemblées parlementaires et le Conseil constitutionnel, le général
de Gaulle décide d'assumer les pouvoirs exceptionnels prévus
par l'article 16 de la Constitution. Conformément à ce texte,
il en informe la Nation.
Un pouvoir insurrectionnel s'est établi en Algérie par
un pronunciamiento militaire.
Les coupables de l'usurpation ont exploité la passion des cadres
de certaines unités spécialisées, l'adhésion
enflammée d'une partie de la population de souche européenne
qu'égarent les craintes et les mythes, l'impuissance des responsables
submergés par la conjuration militaire.
Ce pouvoir a une apparence : un quarteron de généraux en
retraite. Il a une réalité : un groupe d'officiers, partisans,
ambitieux et fanatiques. Ce groupe et ce quarteron possèdent un
savoir-faire expéditif et limité. Mais ils ne voient et
ne comprennent la nation et le monde que déformés à
travers leur frénésie. Leur entreprise conduit tout droit
à un désastre national.
Car l'immense effort de redressement de la France, entamé depuis
le fond de l'abîme, le 18 juin 1940, mené ensuite jusqu'à
ce qu'en dépit de tout la victoire fût remportée,
l'indépendance assurée, la République restaurée
; repris depuis trois ans, afin de refaire l'État, de maintenir
l'unité nationale, de reconstituer notre puissance, de rétablir
notre rang au-dehors, de poursuivre notre oeuvre outre-mer à travers
une nécessaire décolonisation, tout cela risque d'être
rendu vain, à la veille même de la réussite, par l'aventure
odieuse et stupide des insurgés en Algérie. Voici l'État
bafoué, la Nation défiée, notre puissance ébranlée,
notre prestige international abaissé, notre place et notre rôle
en Afrique compromis. Et par qui ? Hélas ! Hélas ! par des
hommes dont c'était le devoir, l'honneur, la raison d'être,
de servir et d'obéir.
Au nom de la France, j'ordonne que tous les moyens, je dis tous les moyens,
soient employés pour barrer partout la route à ces hommes-là,
en attendant de les réduire. J'interdis à tout Français
et, d'abord, à tout soldat d'exécuter aucun de leurs ordres.
L'argument suivant lequel il pourrait être localement nécessaire
d'accepter leur commandement sous prétexte d'obligations opérationnelles
ou administratives ne saurait tromper personne. Les seuls chefs, civils
et militaires, qui aient le droit d'assumer les responsabilités
sont ceux qui ont été régulièrement nommés
pour cela et que, précisément, les insurgés empêchent
de le faire. L'avenir des usurpateurs ne doit être que celui que
leur destine la rigueur des lois.
Devant le malheur qui plane sur la patrie et la menace qui pèse
sur la République, ayant pris l'avis officiel du Conseil constitutionnel,
du Premier ministre, du président du Sénat, du président
de l'Assemblée nationale, j'ai décidé de mettre en
oeuvre l'article 16 de notre Constitution. A partir d'aujourd'hui, je
prendrai, au besoin directement, les mesures qui paraîtront exigées
par les circonstances. Par là même, je m'affirme, pour aujourd'hui
et pour demain, en la légitimité française républicaine
que la nation m'a conférée, que je maintien quoi qu'il arrive,
jusqu'au terme de mon mandat ou jusqu'à ce que me manquent, soit
les forces, soit la vie, et dont je prendrai les moyens d'assurer qu'elle
demeure après moi.
Françaises, Français ! Voyez où risque d'aller la
France, par rapport à ce qu'elle était en train de redevenir.
Françaises, Français ! Aidez-moi !
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