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"Ce soir, veille du 14 juillet, il n'est
pas une pensée française qui ne soit pour la France
seule. Le slogan d'une France pécheresse, justement punie
de ses fautes et qui court à l'expiation, voilà qui
convient tout à fait à nos vainqueurs du moment. Voilà
qui répond trop bien aux remords et aux intérêts
de ceux qui ont capitulé. Pour l'instant, il s'agit de faire
tout le possible, activement ou passivement, pour que l'ennemi soit
battu. Qu'il le soit et nous renaîtrons, qu'il ne le soit
pas et chaque jour il nous brisera, nous pillera, nous étouffera
davantage. Prétendre que la France puisse être et demeurer
la France sous la botte d'Hitler et le sabot de Mussolini, c'est
de la sénilité ou de la trahison. Et c'est encore
de la sénilité ou bien de la trahison que de prétendre
que la guerre est une entreprise désespérée.
Ceux qui le disent à la France, à supposer qu'ils
le disent de bonne foi, prouvent qu'ils n'ont rien compris au monde
tel qu'il est. Le monde ne se limite pas au champ de bataille sur
lequel l'incompréhension de nos chefs nous livra sans moyens
à la force mécanique allemande. Le monde comprend
une Europe où nos alliés anglais qui, déjà,
tiennent les mers et commencent à dominer le ciel, se renforcent
chaque jour. Le monde comprend une Afrique, une Asie, une Amérique
pleine d'immenses possibilités. Oui, l'ennemi a réussi
à réduire plusieurs de ses voisins immédiats.
Mais chaque pas en avant le met devant une tâche plus dure.
La France même partagée, même pillée,
même livrée, n'a pas à jouer perdant"
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Questions
1. Présentez l'auteur et le contexte dans lequel il fait sa déclaration.
2. Quelles raisons de Gaulle avance-t-il pour appeler les Français
à continuer le combat ?
3. Quels sont les adversaires désignés par l'auteur et
leurs arguments ?
4. En quoi ce texte complète-t-il l'appel du 18 juin ?
Eléments de réponse
1. Le 13 juillet 1940, le général de Gaulle est encore
peu connu, malgré l'appel à la résistance qu'il
a lancé depuis Londres sur les ondes de la BBC
le 18 juin précédent. Refusant la soumission de la
France du maréchal Pétain,
qui vient d'obtenir les pleins pouvoirs, aux volontés hitlériennes,
Charles de Gaulle invite ses compatriotes à poursuivre la
lutte. La date - veille du 14 juillet - donne au discours de De
Gaulle une grande portée patriotique.
2. Des raisons d'honneur : la France ne peut être elle-même
sous le joug de l'occupant. Il importe donc qu'elle retrouve sa dignité
(que l'ennemi soit battu et "nous renaîtrons").
Des raisons militaires : Charles de Gaulle pense que l'issue de la guerre
n'est pas désespérée pour les Français.
Enfin et surtout, des raisons stratégiques : Hitler n'a pas la
domination du monde, et nombreux sont les pays qui pourraient, à
moyen terme, apporter une aide à la France dans son combat. Charles
de Gaulle évoque notamment l'Angleterre et les Etats-Unis, mais
aussi l'Afrique et l'Asie où la France a des colonies.
3. Les adversaires évoqués à demi-mot par le général
de Gaulle sont les Français ayant opté pour la collaboration,
et notamment leur chef, le maréchal Pétain ( le terme "sénilité",
utilisé à deux reprises, le désigne de manière
sous-entendue). Leurs arguments consistent à expliquer la défaite
de la France par les "péchés" commis par celle-ci
durant l'avant-guerre. A leurs yeux, le régime républicain
et le Front populaire seraient ces principaux péchés. En
outre, les dirigeants du régime de Vichy s'accommodent de la main-mise
allemande sur la France, dans la mesure où, pour eux, la victoire
de l'Allemagne est évidente et inéluctable.
4. Pour cette question, relis
l'appel du 18 juin et essaie de repérer les arguments
nouveaux développés par de Gaulle...
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