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" Quand on est, comme la France, la tête
de pont et le cap de l'Europe, unique champion combattant de la
liberté en Asie, riveraine à la fois de l'Atlantique,
de la manche, de la mer du Nord et de la Méditerranée,
maîtresse d'une grande partie de l'Afrique, depuis Casablanca
jusqu'à Bizerte, depuis Dakar jusqu'au bassin du Nil, depuis
Alger jusqu'au Congo ; quand on possède, comme la France,
la plus forte armée parmi les peuples libres du vieux monde
et les meilleures bases dans un éventuel conflit ; quand
on a, comme la France, nue vaste clientèle morale et intellectuelle
dans toutes les contrées de la terre, il y a peu de chances
pour qu'on se trouve jamais isolé. On a toujours, au contraire,
beaucoup de monde chez soi et autour de soi. Il arrive même
qu'on en ait un peu trop. Si la communauté dite " européenne
de défense " est, comme elle le mérite, laissée
pour compte, nos alliés américains, dont ce n'est
nullement l'affaire puisqu'ils n'en sont pas signataires, en prendront
sagement leur parti. Ils souhaiteront, ce qui sera leur droit, que
l'Europe trouve un autre mode de défense et d'organisation
communes. Ils cultiveront, ni plus ni moins qu'avant, leur stratégie
périphérique. Mais ils se garderont d'aller à
une rupture qui serait monstrueuse et risquerait de coûter
cher au monde libre et à eux-mêmes. C'est pourquoi,
quand M. Foster Dulles évoquait, à Paris, le fantôme
d'une révision dramatique de la politique américaine
à l'égard de la France, son amie et son alliée,
je suis persuadé qu'il ne pouvait réprimer un sourire
? Avec le même sourire, je lui réponds aujourd'hui
: " Ne vous gênez pas, cher ami ! "
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Questions
1. Présentez le document.
2. Selon l'auteur, sur quelles bases repose la puissance française
?
3. Quelle position de Gaulle adopte-t-il vis-à-vis de la
CED ? Pourquoi ?
Eléments de réponse
1. Extrait d'une conférence de presse donnée par le
général de Gaulle en 1954, pendant ce qu'il est convenu
d'appeler sa " traversée du désert ". Retiré
des affaires publiques depuis le mois de janvier 1946, Charles de
Gaulle n'en continue pas moins d'observer attentivement la vie politique
française, s'opposant à la IVe République et
à la Communauté européenne de Défense,
dont le projet est né au début des années 1950.
2. La première partie du texte décrit les bases de
la grandeur de la France selon de Gaulle. Elles sont constituées
de la situation géographique de la France (carrefour des
mers et de l'océan, cap de l'Europe), de son empire asiatique
(on est vraisemblablement avant la défaite de Dien Bien Phu)
et surtout de ses nombreuses possessions africaines, de son armée
et de son rayonnement culturel.
3. De Gaulle s'oppose à la CED, jugeant qu'elle mérite
d'être " laissée pour compte ". Ce projet
de mise en commun des armées européennes sous la direction
d'un ministère commun de la défense lui paraît
porter atteinte à la souveraineté française.
En outre, l'implication des Etats-Unis dans ce projet, même
s'ils n'en sont pas signataires, déplaît fortement
à de Gaulle qui ne s'inquiète pas des menaces formulées
par Foster Dulles à l'encontre de la France en cas de non
signature de la CED. Le refus de l'hégémonie américaine
constitue l'un des traits de fond de la politique gaullienne.
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