| |
Document 1
|
Déclaration de Pierre Mendès-France
devant l'Assemblée le 12 novembre 1954
" A la volonté de quelques hommes doit
répondre la répression sans faiblesse, car elle est
sans injustice. Les départements d'Algérie font partie
de la République, ils sont français depuis longtemps
(...). Jamais la France, jamais le Parlement, jamais aucun gouvernement
ne cédera sur ce principe fondamental. Qu'on n'attende de
nous aucun ménagement à l'égard de la sédition,
aucun compromis avec elle. "
|
Document 2
|
Témoignages sur la torture en Algérie
" En visitant les centres d'hébergement,
j'ai reconnu sur certains prisonniers les traces profondes de sévices
ou de tortures qu'il y a quatorze ans je subissais personnellement
dans les caves de la Gestapo à Nancy ". (P. Teitgen,
Secrétaire général de la police à Alger.
Il démissionnera de son poste).
" La séance de torture se prolongeait et je m'épuisais,
je tombais tantôt à gauche, tantôt à droite.
L'un des deux lieutenants détachait alors une pince et me
piquait au visage jusqu'à ce que je me redresse. " (H.
Alleg, La Question, Editions de minuit, 1958).
|
Document 3
|
Discours de De gaulle sur l'autodétermination
en Algérie, 16 septembre 1959
" Le destin politique qu'Algériennes
et Algériens auront à choisir dans la paix, quel peut-il
être ? Chacun sait que, théoriquement, il est possible
d'en imaginer trois (...).
Ou bien : la sécession, où certains croient trouver
l'indépendance. La France quitterait alors les Algériens
qui exprimeraient la volonté de se séparer d'elle.
Ou bien : la francisation complète, telle qu'elle est impliquée
dans l'égalité des droits. Les Algériens (...)
devenant partie intégrante du peuple français qui
s'étendrait alors effectivement de Dunkerque à Tamanrasset.
Ou bien : le gouvernement des Algériens par les Algériens,
appuyé sur l'aide de la France et une union étroite
avec elle pour l'économie, l'enseignement, la défense,
les relations extérieures.
Dans ce cas, le régime intérieur de l "Algérie
devrait être de type fédéral, afin que les communautés
diverses : française, arabe, kabyle, mozabite etc., coexistent
dans le pays. "
|
Document 4
|
Tract de l'OAS diffusé en métropole
en février 1962
" Français de métropole, mon frère,
essaie de nous comprendre.
Nous ne sommes ni fascistes, ni des assassins professionnels, ni
des ambitieux avides de pouvoir et sans scrupules. Nous avons supporté
pendant plus de sept ans un guerre ignoble où vos fils et
les nôtres ont été lâchement assassinés,
autant par le FLN que apr le pouvoir gaulliste qui, d'abandons en
abandons, mène ce pays à la ruine et à la désolation.
Toutes les formes d'opposition légale nous ayant été
successivement retirées, il ne nous est resté que
l'action clandestine pour faire respecter nos droits les plus imprescriptibles
à un moment où, malgré les engagements les
plus solennels, le pouvoir se prépare à livrer l'Algérie
aux assassins du FLN ".
|
Document 5
Sondages en métropole : " Avez-vous confiance dans le
gouvernement actuel pour régler le problème algérien
? " (en %)
| |
Oui |
Non |
Ne se prononcent pas |
Avril 1956
|
37 |
27 |
36 |
| Mars 1956 |
39 |
30 |
32 |
| Juillet 1956 |
28 |
30 |
31 |
| Septembre 1957 |
26 |
43 |
31 |
| Juin 1958 |
68 |
11 |
17 |
| Septembre 1958 |
51 |
25 |
24 |
| Février 1959 |
51 |
24 |
25 |
|
Questions :
1. Présentation des documents.
2. Sélection et classement par thèmes des informations
tirées des documents.
3. Rédaction d'une réponse à la problématique
posée (300 mots environ), qui utilise de façon argumentée
les informations tirées des documents.
Eléments de réponse.
1. Pour présenter les documents, essaie de les regrouper
selon leur nature : discours prononcés par des chefs de gouvernement
(doc. 1 et 3), prises de position des Français vis-à-vis
de la guerre (témoignage, tract et sondages).
Dans le doc. 1, Pierre Mendès-France fait une déclaration
devant l'Assemblée nationale. Depuis juin 1954, ce radical-socialiste
est président du Conseil. C'est lui qui, après la
défaite française de Dien Bien Phu, met fin à
la guerre d'Indochine par les accords de Genève. De même,
il promet la souveraineté interne à la Tunisie. En
revanche, son attitude vis-à-vis de la crise algérienne,
qui éclate en novembre 1954, est beaucoup plus ferme. Le
doc. 3 présente l'attitude d'un autre président du
Conseil, Charles de Gaulle, investi le 1er juin 1958 sur fond de
révolte des Français d'Algérie : ceux-ci redoutent
que l'Algérie ne soit bradée par la IVe République.
Appelé au pouvoir parce qu'il semble être le garant
d'une Algérie française, le général
de Gaulle prouve rapidement que ses positions sur la question sont
beaucoup plus nuancées. Dans un discours prononcé
le 16 septembre, de Gaulle n'exclut pas le principe d'une indépendance
algérienne et reconnaît aux Algériens le droit
de s'autodéterminer.
Les réactions des Français vis-à-vis de la
guerre sont très contrastées :
Certains observateurs, à l'image de Henri Alleg, commencent
à dénoncer les actes de torture perpétrés
par l'armée française en Algérie, reprenant
une tradition d'engagement née chez les intellectuels français
au moment de l'affaire Dreyfus. Leurs témoignages suscitent
une lente prise de conscience au sein de la population française,
de plus en plus lassée par cette " sale guerre ".
Au contraire, les membres de l'Organisation Armée Secrète
ajoutent aux horreurs de la guerre par leurs actes terroristes (attentats
sur le sol algérien et métropolitain, notamment contre
le général de Gaulle). Ceci explique l'interdiction
de cette organisation et son repli dans la clandestinité.
Cherchant à atténuer leurs responsabilités
et à justifier leurs actions dans leur tract, les membres
de l'OAS réclament le maintien de l'Algérie dans le
giron français.
Le sondage illustre quant à lui les hésitations et
la versatilité d'une opinion qui ne sait trop que penser
de l'affaire algérienne. Une césure apparaît
dans ce sondage : le mois de juin 1958 représente pour les
Français un sursaut d'espoir, lié à l'arrivée
de De Gaulle au pouvoir. L'aspect providentiel de sa venue au pouvoir
doit être mise en rapport avec les événements
de juin 1940. Avant juin 1958, les Français ont peu confiance
dans leur gouvernement. Après cette date, une majorité
a retrouvé la confiance, même si le chiffre de juin
1958 (68%) ne se retrouve jamais par la suite. En revanche, le nombre
des personnes qui ne se prononcent pas reste toujours élevé,
signe de la difficulté pour les Français de juger
d'une situation pour laquelle le gouvernement lui-même semble
bien en peine de trancher.
2. Tu peux choisir un classement des informations
par thèmes (attitude du gouvernement, réaction de
l'opinion), mais un classement par périodes paraît
plus pertinent ici (1954-1958, année 1958, 1959-1962) :
| |
1954-1958 |
1958 |
1958-1962 |
| Doc. 1 |
A la date où s'exprime P.
Mendès-France, l'insurrection algérienne vient
d'éclater. Pour le président du Conseil, il importe
de mettre un terme le plus vite possible à ces débordements.
La fermeté est de rigueur (" répression sans
faiblesse ", " aucun ménagement "). L'idée
de donner l'autonomie à des départements français
paraît totalement incongrue (" jamais la France,
jamais le Parlement, jamais aucun gouvernement "...), même
à un partisan de la décolonisation comme PMF. |
|
|
| Doc. 2 |
La torture dénoncée
par Teitgen et Alleg est liée au caractère spécifique
de la guerre d'Algérie, où les deux parties essaient
d'influencer l'autre, de remporter une bataille psychologique,
d'acquérir des renseignements. La dénonciation
de la torture devient l'un des chevaux de bataille des intellectuels
français, à l'image de Teitgen, qui dresse un
parallèle entre la torture des années 1950 et
celle pratiquée par la Gestapo pendant la Seconde Guerre.
|
| Doc. 3 |
|
|
Un peu plus d'un an après
son arrivée au pouvoir, Charles de Gaulle s'ouvre publiquement
sur ses intentions en ce qui concerne l'Algérie. Rappelé
à la tête du pays en tant que garant d'une Algérie
française, Charles de Gaulle montre ici que ses choix
sont beaucoup plus nuancés. Donnant acte aux Algériens
du droit à l'autodétermination, il avance trois
hypothèses : l'indépendance (privilégiée
par le FLN), dont il montre les risques pour l'Algérie
(" La France quitterait alors l'Algérie ").
La francisation (défendue par l'OAS), à laquelle
de Gaulle ne croit plus à cette date. Une autonomie interne
qui préserverait les liens étroits avec France
: de Gaulle est partisan de cette solution de moyen terme. |
| Doc. 4 |
|
En 1958, les Français qui
se retrouveront dans l'OAS placent leur espoir en Charles de
Gaulle, qu'ils pensent partisan de l'Algérie française
(" malgré les engagements les plus solennels "). |
En février 1962, un mois
avant la signature des accords d'Evian qui mettent fin à
la guerre d'Algérie, l'OAS justifie son action terroriste
dans un tract destiné s'attirer la solidarité
de la population française. L'organisation clandestine
condamne en des termes particulièrement durs la guerre
(" où vos fils ont été lâchement
assassinés "), le gouvernement français ("
d'abandons en abandons "), et le FLN (" assassins
"). Se sentant trahie par de Gaulle, l'OAS continue de
défendre l'Algérie française. |
| Doc. 5 |
En 1956 et 1957, le nombre de personnes
interrogées ayant confiance dans le gouvernement reste
stable, entre 37 et 39%. La proportion de personnes n'ayant
pas confiance et de celles qui ne se prononcent pas est de même
ordre (autour de 30%). L'année 1957 traduit une dégradation
du climat de confiance (seuls 26% disent leur confiance) : la
lassitude face à l'impuissance des cabinets successifs
est patente. |
En juin 1958, date à laquelle
de Gaulle effectue son retour au pouvoir, un renversement de
l'opinion est visible : 68% des personnes interrogées
ont retrouvé la confiance, contre 11% qui ne l'ont pas
retrouvée. L'homme du 18 juin apparaît de nouveau
comme un sauveur, notamment pour les Français d'Algérie
et pour ceux qui condamnent l'impuissance de la IVe République.
|
Entre 1958 et 1962, l'optimisme
des premières heures s'effrite un peu, même si
la majorité des Français conserve sa confiance
à de Gaulle. Mais l'expérience de la réalité,
la difficulté à trouver une issue qui satisfasse
tout le monde, expliquent que certaines personnes interrogées
- notamment les Français d'Algérie- qui avaient
donné leur confiance à de Gaulle la lui retire
dans les mois qui suivent. A l'inverse, le nombre de personnes
qui n'ont pas confiance et celles qui n'ont pas d'opinion augmente,
jusqu'à atteindre, au total, 50% des personnes interrogées. |
3. Pour répondre à la problématique,
il convient de lire attentivement celle-ci : il s'agit d'analyser
l'attitude de la France et des Français face à la
guerre d'Algérie. La France, c'est l'Etat français,
les gouvernements. Les Français, c'est l'opinion, les groupes
de pression... Les dates limites sont celles de la guerre : 1954,
début de l'insurrection ; 1962, signature des accords d'Evian.
Vu l'énoncé du sujet, un plan chronologique semble
indiqué. :
- 1954-58 : la France désemparée, des gouvernements
qui chutent les uns après les autres, des gouvernements impuissants
à régler un problème qu'ils considèrent
comme intérieur : l'Algérie représente trois
départements français (voir déclaration de
Pierre Mendès-France. Les Français sont très
peu solidaires de la politique gouvernementale (30% s'y opposent,
30% ne se prononcent pas).
- 1958 : année charnière sur le plan politique. Le
retour de De Gaulle aux affaires est la conséquence directe
de la crise algérienne et entraîne un changement de
Constitution. La méthode du général pour l'Algérie
suscite la confiance d'une grande majorité de Français,
notamment ceux qui sont attachés à une Algérie
française (doc. 4 et doc. 5)
- 1958-1962 : le général de Gaulle, devenu président
de la Ve République, mène une politique à laquelle
peu de personnes s'attendaient. Dès 1959, il ouvre la porte
à une solution négociée et à l'autodétermination.,
sans exclure la perspective de l'indépendance (doc. 3). Ces
choix lui aliènent une partie de l'opinion (doc.5) qui s'estime
trahie (doc.4) et se lance dans l'action clandestine. Par ailleurs,
la dénonciation de la torture en Algérie par les intellectuels
(doc.2) contribue à augmenter la lassitude des Français
face à une guerre qui n'en finit pas et où meurent
les soldats du contingent (doc.5).
Conclure en évoquant les accords d'Evian et les massacres
qui suivent l'indépendance, obligeant les pieds-noirs et
les harkis à fuir l'Algérie.
|