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Tarot persan ou tarot de Marseille : quelles différences d’interprétation
J’ai découvert le tarot de Marseille à seize ans, dans la bibliothèque poussiéreuse d’une tante qui lisait les cartes pour ses voisines. Un jeu usé, aux couleurs passées, avec ce Mat qui me fascinait déjà. J’ai appris sur ce jeu, pendant des années. Je pensais même que c’était le seul qui méritait qu’on s’y attarde sérieusement.
Puis, bien plus tard, quelqu’un m’a mis entre les mains un tarot persan Indira. J’ai d’abord résisté. Pourquoi changer d’outil quand on maîtrise déjà le sien ? Mais la curiosité l’a emporté. Et ce que j’ai découvert m’a obligée à repenser une bonne partie de ma manière de lire les cartes.
Aujourd’hui, je jongle entre les deux. Pas par indécision, par nécessité. Parce que tarot persan ou marseille, ce n’est pas qu’une question de préférence esthétique. C’est deux langages différents, deux façons de regarder une même réalité. Et selon la question posée, selon la personne en face de moi, l’un parle mieux que l’autre.
Ce jour où j’ai compris que les deux jeux ne racontaient pas la même histoire
Je me souviens d’une consultante, fin 2017. Elle venait pour une question sentimentale classique : son compagnon allait-il revenir après leur séparation ? J’ai d’abord tiré avec le Marseille. Les arcanes étaient clairs : la Maison Dieu, le Diable, puis l’Ermite. Rupture nécessaire, attachement toxique, période de solitude à traverser. Brutal, mais cohérent.
Elle n’arrivait pas à entendre. Pas vraiment à cause du message, plutôt parce que les images ne lui parlaient pas. Elle fixait ces personnages figés, ces couleurs franches, et ça restait extérieur à elle. J’ai alors sorti le tarot persan. Même question, nouveau tirage. Je suis tombée sur « Le Désert », « Le Serpent », et « La Rencontre ».
Là, quelque chose s’est débloqué. Le Désert, elle l’a immédiatement ressenti comme cette traversée aride qu’elle vivait depuis des mois. Le Serpent, elle l’a compris comme la mue nécessaire, pas comme une menace. Et la Rencontre, pas forcément avec l’ex, mais avec elle-même d’abord. Les scènes narratives du persan lui ont permis de se projeter, de s’identifier. Le Marseille lui donnait une structure, le persan lui donnait une histoire.
C’est là que j’ai saisi la différence fondamentale. Le Marseille parle en archétypes universels, en grands principes. Le persan parle en récits incarnés, en situations vécues. Les deux disent la vérité, mais pas avec la même voix. Pour certaines personnes, la généralité des arcanes du Marseille rassure. Pour d’autres, elle reste trop abstraite. Le persan, avec ses 55 lames toutes narratives, offre un miroir plus immédiat.
Depuis, j’alterne selon les profils. Quand je sens que quelqu’un a besoin de clarté structurelle, de repères symboliques forts, je reste sur le Marseille. Quand je sens qu’il faut passer par l’émotion, par l’image qui raconte, je bascule sur le persan. Au Cabinet Marie-Ange, cette double approche permet d’adapter la lecture au tempérament de chacun, et ça change vraiment la qualité de la guidance reçue.

La tradition contre la fluidité : tarot persan ou marseille, un rapport au temps différent
Le tarot de Marseille porte plusieurs siècles de tradition. Ses 78 lames, réparties en 22 arcanes majeurs et 56 mineurs, suivent une structure millimétrique. Le Bateleur ouvre le chemin, le Monde le clôt. Entre les deux, une initiation. Une logique. Un fil qu’on peut suivre, étudier, transmettre.
Cette tradition m’a longtemps sécurisée. J’avais des livres, des références, des correspondances astrologiques, numérologiques. Chaque carte avait son histoire, ses couches de sens accumulées au fil des siècles. Quand je tirais l’Empereur, je savais que je touchais à la structure, à l’autorité, au principe paternel. C’était balisé.
Le tarot persan Indira, lui, ne s’inscrit pas dans cette tradition multiséculaire. Créé dans les années 1980, il emprunte à l’imagerie orientale, à l’astrologie védique, à une forme d’intuition plus libre. Ses 55 lames ne suivent pas un ordre initiatique. Pas de hiérarchie entre elles, pas de chemin prédéfini. Chaque tirage compose sa propre narration, sans référence à un parcours universel.
Au début, ça m’a déstabilisée. Où étaient les repères ? Comment interpréter sans la béquille de la tradition ? Mais c’est justement cette fluidité qui est devenue une force. Le persan ne m’impose pas de lire selon un schéma établi. Il me demande d’écouter ce qui émerge, de laisser les images parler sans les forcer dans un moule préexistant.
Franchement, ça demande plus d’intuition. Moins de sécurité intellectuelle, plus de confiance dans ce qu’on capte. Mais pour certaines questions, cette souplesse est précieuse. Quand une situation ne rentre pas dans les cases, quand les dynamiques en jeu sont complexes et enchevêtrées, le persan permet de naviguer sans s’enfermer dans une lecture rigide.
Ce que chaque jeu révèle différemment dans une même lecture
Il y a quelques mois, j’ai fait une expérience. J’ai tiré pour la même question avec les deux jeux, côte à côte. La question portait sur un projet professionnel : une femme hésitait à quitter son emploi stable pour monter sa propre structure. Classique, mais chargé d’enjeux.
Avec le Marseille, je suis tombée sur le Chariot, la Force, et la Roue de Fortune. Lecture claire : élan, maîtrise intérieure, cycle qui tourne en sa faveur. Les arcanes parlaient de mouvement, de confiance en ses capacités, de timing favorable. Mais ils restaient généraux. Ils ne disaient rien des peurs concrètes, des freins invisibles, du contexte personnel.
Avec le persan, j’ai tiré « Le Fardeau », « La Clé », et « Le Jardin ». Là, l’histoire devenait plus précise. Le Fardeau montrait le poids qu’elle portait : des injonctions familiales, une loyauté mal placée envers son employeur, une culpabilité de vouloir mieux. La Clé indiquait qu’elle avait déjà la solution en main, qu’il suffisait de tourner la serrure. Et le Jardin évoquait l’espace de création qui l’attendait, ce projet qu’elle nourrissait depuis des années et qui ne demandait qu’à pousser.
Les deux tirages disaient la même chose au fond : vas-y. Mais le Marseille le disait en principes universels. Le persan le disait en histoire incarnée. Pour cette femme-là, c’est le persan qui a résonné. Elle avait besoin de voir le fardeau nommé, la clé identifiée, le jardin dessiné. Le Marseille lui aurait donné une validation, le persan lui a donné une compréhension.
Depuis, je propose souvent les deux lectures en parallèle pour les questions importantes. Le Marseille structure, pose le cadre. Le persan affine, nuance, raconte. Ensemble, ils offrent une vision à la fois large et précise. Bon, ça prend plus de temps, mais la profondeur gagnée en vaut la peine.
Pourquoi je ne choisis plus entre tarot persan ou marseille
Pendant longtemps, je pensais qu’il fallait choisir un jeu et s’y tenir. Être fidèle à un outil, le maîtriser à fond, ne pas se disperser. Mais la pratique m’a montré que cette fidélité pouvait devenir un enfermement. Certains consultants ont besoin de la rigueur du Marseille, d’autres de la souplesse du persan. Certaines questions appellent la structure des arcanes classiques, d’autres la narration orientale.
Ce qui compte, ce n’est pas le jeu en lui-même, c’est ce qu’il permet de révéler. Le Marseille excelle pour les questions de fond, les grands tournants, les dynamiques archétypales. Il pose un diagnostic puissant, presque chirurgical. Le persan excelle pour les questions relationnelles, émotionnelles, les zones floues où il faut démêler des fils invisibles. Il raconte, il contextualise, il humanise.
Je ne suis pas totalement convaincue qu’on puisse tout lire avec un seul jeu, d’ailleurs. Chaque outil a ses forces et ses limites. Le Marseille peut paraître froid ou trop abstrait pour certaines personnes. Le persan peut sembler trop narratif, trop chargé d’images pour ceux qui préfèrent la sobriété.
Aujourd’hui, quand quelqu’un me consulte, je demande souvent : « Vous préférez une lecture structurée avec des repères clairs, ou une lecture plus narrative qui raconte une histoire ? » Selon la réponse, je choisis. Et parfois, je croise les deux. Parce qu’au fond, tarot persan ou marseille, ce n’est pas une compétition. C’est une palette. Deux couleurs différentes pour peindre une même réalité.
Ce que j’ai compris après toutes ces années, c’est que la richesse d’un tarologue ne se mesure pas à sa fidélité à un jeu, mais à sa capacité à choisir le bon outil au bon moment. Et si ça veut dire jongler entre plusieurs jeux, mélanger les approches, inventer ses propres ponts, alors tant mieux. Parce qu’au final, ce qui compte, c’est que la personne en face reparte avec une clarté qu’elle n’avait pas en arrivant. Peu importe que cette clarté soit venue d’un arcane du Marseille ou d’une lame persane. L’essentiel, c’est qu’elle soit juste.
De Gaulle EDU